Les fonctionnaires européens travaillent activement aux programmes d’action de l’Union Européenne dans les années à venir, en dessinant un horizon à 2030 dans tous les domaines où l’Union peut intervenir, soit en émettant des règles, soit en donnant des recommandations aux gouvernements membres.


Sous l’impression de la pandémie, les Etats-Membres ont fait un énorme pas en 2021: pour la première fois, ils se sont mis d’accord pour ensemble, par l’Union, emprunter de l’argent sur les marchés mondiaux. Beaucoup d’argent: pour qu’ ensemble, les peuples dans l’Union Européennes puissent affronter l’avenir incertain. Ils financeront ainsi ensemble la recherche dans le domaine de santé publique, la transition écologique dont on ne fait que commencer à estimer les coûts inimaginables, par exemple. Entre autres, ils ont décidé aussi d’affecter bien plus d’argent que jusqu’alors aux efforts pour éduquer et former tous les Européens (Apprendre-au-long-de-la-vie) , les faire accéder à l’emploi (marché du travail), ne laisser personne de côté (inclusion) .


Jusqu’ici, si beaucoup était déjà fait (formation professionnelle; échanges de jeunes; études à l’étranger par « Erasmus »…), les possibilités offertes dans chaque pays vont augmenter en substance et donc la volonté de toucher ces subventions supplémentaires. Et l’Union voudra veiller à ce que les destinataires bénéficient vraiment des programmes, par exemple, tous les jeunes de Erasmus+. Pour le plus grand bien des Européens.


Les objectifs EU2030 devraient donc permettre aux Européens dans l’Union de harmoniser et consolider les visées à la fois du Marché Unique (Traité de Maastricht) , et de la société démocratique, éclairée et équitable (Traité de Lisbonne).
Il faudra veiller donc à ce que chaque pays membre, et donc aussi la France , s’engage vraiment sur ces chemins.
Premièrement, qu’elle saisisse toutes les chances offertes par les levées communautaires de fonds, pour promouvoir la convergence économique et sociale, pilier complémentaire au Marché Unique et à l’unité monétaire:


Cette « Union Prochaine Génération » ( NGEU) apparaît comme un New Deal Européen avec le potentiel de doter l’Union Européenne de l’harmonisation sociale en équité, garantie à long terme de la viabilité du projet économique et monétaire. En effet, la NGEU prévoit de financer substantiellement les efforts dans les domaines soumis au principe de subsidiarité , c’est à dire ceux dont chaque Etat est seul maître. Ils peuvent s’harmoniser par la « Méthode Ouverte de Coordination » mais aucune loi autre que nationale ne les y oblige. En dotant plus d’argent à ces domaines d’intervention, l’Union accroîtra l’attractivité des ses objectifs et augmentera la pression vers une obligation de résultats, pour les Etats-Membres.


Parmi d’autres nouvelles perspectives (p.ex. santé publique…), les objectifs concernés se situent dans les domaines du marché du travail/lutte contre chômage; de l’éducation/formation professionnelle/apprentissage-le-long-de-la-vie; de l’inclusion de toutes celles et ceux qui ont plus de mal à accéder aux possibilités d’émancipation. Ces domaines sont en quelque sorte le pilier social qui tient celui des objectifs de mobilité des personnes et des biens, qui est le principe de base de l’Union Européenne.
° Dans ce cadre, il faudra veiller dans chaque Etat Membre notamment à ce que les Programmes et Fonds EU atteignent effectivement leurs publics – cibles.
(Cela concernera les méthodes d’identification des axes de subventions; prospection et accompagnement des candidats potentiels; financement; reporting).
°Parallèlement, il faudra soutenir le Parlement Européen dans ses efforts d’initiatives politiques, et dans son rôle de d’évaluation et de contrôle de l’avancement vers EU 2030 (et ici notamment vers les objectifs fixés au Sommet de Porto en 2021 ).

Deuxièmement, veiller à la stabilité de la zone Euro: le maintien de la capacité d’emprunt de l’UE, grande première, tient à la stabilité de sa monnaie commune. Celle-ci est indissociable de la « soutenabilité budgétaire » (1) de chaque Etat Membre. Même dans l’hypothèse d’une plus grande élasticité des « critères de Maastricht », aucun Etat ne pourra se dispenser de limiter ses déficits et ses dettes.

En somme, les Etats-Membres et donc la France devront prendre très au sérieux les dispositifs de la Constitution Européenne, des Traités de Maastricht et de Lisbonne. Ils doivent conférer au Parlement Européen des pouvoirs de contrôle et d’initiatives supplémentaires. Il est une véritable « école européenne » et les Parlementaires Européens, élus directement, doivent être beaucoup plus proches des citoyens pour faire connaître leurs travaux.
Tout ceci est indispensable pour que, en attendant une réforme lointaine des Traités Fondateurs de l’Union, celle-ci puisse consolider sa « machine puissante de convergence » (2) , dans l’ambition d’émancipation et de protection de chacun et chacune de ses citoyens. Et pour nous permettre de vivre non en concurrence mais en fraternité au sein de notre Union.

(1) Arnim Steinbach, « Le Monde », 16/17 janvier 2022
(2) Banque Mondiale, 2019 in: Jean-Raymond Masson|10 mai 2019, METIS