Mai / Mai 2017

Je veux rendre compte des longues semaines passées aux USA, l’hiver dernier.
Mais rendre compte est impossible.

Il n’y a pas de compte rationnellement établi où l’on cocherait des cases de divers aspects de la vie qu’on a pu observer, les garnissant de quelques anecdotes.
Je garde en moi des impressions tous azimuts, des contradictions pêle-mêle.
Sans portée, apparemment.

S’il n’y avait cette énormité de la pauvreté au fin fonds de la Virginie où nous avons passé un mois, ces femmes et ces hommes attachants qui venaient de porter Mr. Trump au pouvoir, l’effort pour restituer quelques – unes de ces impressions me semblerait superflu.

Mais voilà que ce personnage qui affirme son pouvoir sur les hommes et les choses est porté par cette population qui aime ses grosses Dodges cabossées, toussant à-fond-la-caisse sur des routes qui nous paraissent tantôt trop larges, tels des fleuves qui traversent l’immensité, tantôt trop étroites, en haut de ces collines noires de la Black Mountain toute grignotée par les mines de charbon noir à ciel ouvert qui pourtant n’assurent plus l’emploi après avoir miné la santé de quelques générations.
Voilà que ces femmes dont le corps semble se battre contre elles, parfois, ont désigné une First Lady d’une beauté de l’antique Grèce.
Cette projection, assez classique, exprime d’abord une demande de respect: ne regardez pas toutes ces maisons brûlées au bord de la route, ne regardez pas ces yard-sales[1] presque minables ni nos visages fatigués ou défaits par des vies de combats pour un bonheur, regardez nos rêves.

Et il est vrai que nous avons vécu des moments de rêves, par exemple en cette soirée de musique « country » où divers groupes jouent ensemble et non contre des concurrents, où tous, de tout âge et de toute condition, font rouler leur hanches, manipulent les arrière-trains des dames, où les instruments sont soignés et la bandoulière brodée avec dévotion. …

A regarder de plus près, ce rêve et la prière commune qui conclut la soirée, est réservé à son propre groupe : pas de personnes de couleurs aux soirées « country », pas de Blancs dans les assemblées religieuses des Noirs… et sur bien des entrées de propriétés, flotte le drapeau des Fédérés et sont arborées des affiches : « Trespassing for Confederates Only» [2] . Et que dire des affiches commerciales des Eglises, promettant salut ou damnation, moyennant finances…D’où cette impression d’un monde brutal. Ses aspects folkloriques feraient sourire si nous n’étions témoins régulièrement de ses violents éclats.

Demande de respect donc, une certaine brutalité, et aussi une fierté qui n’est pas sans me rappeler les attitudes rencontrées en Allemagne de l’Est dans les années où elle sortait de son état de RDA, parent pauvre de l’Allemagne. Les Appalaches parent pauvre des Etats-Unis, c’est un stéréotype bien connu dont nous avons pu mesurer le refus par la population. Voici un exemple. Depuis 60 ans existe l’effort de permettre à chaque enfant, dès l’âge pré – scolaire, de compenser le manque de chances que subit son milieu. Ce projet, Head-Start [3] , est parfois commenté en Virginie comme « des Yankees [4] venus pour nous expliquer qu’on était des pauvres ». Or là, nous touchons aux blocages profonds qui freinent tout projet de développement, partout dans le monde : et nous découvrons qu’ils sont identiques parmi les populations défavorisées de la société la plus réfléchie, étudiée, pourvue des meilleures universités de notre monde et jouant de la plus grande créativité.

Pourtant, la « guerre contre la pauvreté «  lancée dans les années 1960, avait associé l’action politique, la recherche, et l’engagement durable sur le terrain. C’était pour moi une vraie découverte que de lire et de parler avec ces infirmières, enseignantes, professeurs, ingénieurs ou avocats qui avaient quitté leur vie en New England à cette époque, pour s’installer dans les Appalaches, avec ou sans familles, cherchant la proximité durable avec les mineurs et leurs familles et apportant la volonté de leur ouvrir l’avenir. Souvent mais non exclusivement chrétiens, souvent liés au Peace Corps[5], ils ont entretenus des liens durables entre les Appalaches et le reste du pays. Sur place, nous avons rencontré plusieurs d’eux et notamment les Volontaires du Mouvement ATD Quart-Monde qui nous avaient proposé de les rejoindre pour un temps. Qui viendra reprendre ce flambeau alors qu’aujourd’hui ils s’épuisent, non seulement par l’âge mais aussi par la persistance de l’abandon manifeste – voir l’intrusion de la drogue dans les collèges ?

Qui viendra ?! Qui épousera le rêve, la fierté ? Ce ne seront ni Mr. Trump et ses Belles, ni des substituts à l’engagement durable tels les prestations sociales, médicales, d’enseignement, etc. misant sur la rentabilité rapide, ou encore, virtuelles.

Si tant est qu’il est toujours moderne que de rêver au bonheur, le sien propre et celui d’autrui entrelacés, la plus grande modernité, l’expérience le montre, serait lente et modeste. Comment les USA la feront-ils avancer à –fond – la – caisse ?

Voilà donc un compte-rendu de ma perplexité…

Mascha Join-Lambert, Mai 2017


[1] Littéralement « ventes de cour » : des séances de farfouille de brocante, dans les cours et les garages privés.

[2] « passage autorisés seulement pour des gens du Sud » (les « Confédérés » durant la guerre de sécession)

[3] « Démarrage depuis le début », dans le cadre de la guerre contre la pauvreté lancée dès les années Kennedy et mis en place sous Prés. Johnson.

[4] Gens des Etats du Nord

[5] « Corps de Paix », organisation permettant le bénévolat et volontariat pour le progès social

Es fällt mir schwer, von meiner Zeit während des letzten Winters im tiefen Westen von Virginia, USA, zu berichten. Er liegt nun schon etwas zurück, die Fragen, die er mir stellt, sind aber mittelbar umsetzbar auf die Zustände in Europa und gerade aktuell für Frankreich.

Nicht leicht, denn hinter der Kulisse eines brutalen Ramschladens will die Sehnsucht der Menschen erraten werden.

Schockiert Sie die Bezeichnung der Kulisse? Freilich sieht man hübsche und gepflegte Orte, ein Ärztehaus, Kirchen, liebevoll eingerichtete Privatwohnungen mit perfekt handgenähten Quilts auf den Betten…..aber da ist die Stadt Charlotte, deren Wolkenkratzer sich wie im Gewaltmarsch aus dem Nichts der Ebene aufstellen, da verfault neben dem peinlich genau abgemessenen Rasen des einen Grundstückes das verkohlte Skelett eines Hauses, in dem auch einmal eine Familie lebte….da sind die Werbeplakate der Kirchen, mit Rettung lockend und mit Hölle drohend….

Wonach sehnen sich die Menschen in diesem alten, fast abgeschriebenen[1], verdreckten Kohlebergbaugebiet, denen der Ruf ihrer Armut seit eh und je vorauseilt?

Sie wollen nicht, dass die Schlipstypen aus dem Norden – immer noch Yankee genannt – ihnen sagen, sie seien arm, und Ratschläge bringen.[2]

Sie sind stolz auf die Lebensleistung der Bergarbeiter und –arbeiterinnen – und, tief drinnen, vielleicht auch auf die der Einwanderer, Männer und Frauen. Und das läßt sich nachempfinden, wenn man versucht, sich in die Anfänge in diesem Land zurückzusetzen. „My First Lady“ war sicher stolz darauf, burschikos ihren „Mann“ als Kameradin der Bergleute zu stehen.

Und wenn sie nicht mehr in dieser Weise „ihren Mann“ stehen können, sind sie der „Modernität“ ausgeliefert – und ihre Kinder den Drogen.[3]

„My First Lady“ liebte das Leben „jede Minute“, heißt es von ihr, und dafür wurde sie geliebt, sicher hängt darum ihr Photo gross als Plakat im Community Centre, das ihren Namen trägt.

An einem Abend erleben wir sie, diese Sehnsucht nach Leben: Country-music Abend im nächstgrösseren Ort. Marietta hat uns eingeladen. Sie ist über 60, trägt das ergraute

Haar als Pferdeschwanz und läuft ohne Strümpfe und im Schürzenkittel unter dem Mantel im Supermarkt herum. Aber sie strahlt. Und wird den Country-Abend genau punkt 9 Uhr mit einem Gebet beenden: ungebrochene Macht der amerikanischen Mütter. Davor aber wird zwei Stunden lang musiziert mit Geige, Banjo, Gitarre, Keiner stiehlt dem Anderen die Schau, Jeder spielt, singt, tanzt mit Jedem. Die Bänder der Banjos sind geschmackvoll und sorgfältig bestickt, die Schuhe sind benagelt und Alles von 18 bis 80 macht unbekümmert Krach. Wenn Marietta dann beten kommt, haben sich die Männer diskret verdünnisiert – nicht ohne 1,2,3 Sandwiches vom Tisch abzuräumen. Es gibt keinen Alkohol.

Und nicht einen einzigen farbigen Menschen.

Hier ist man unter sich, hier wurde Trump gewählt, und auch der KKK findet unverblümte Erwähnung.

Wie können da junge Menschen an die Modernität Anschluß finden, ohne wegzuziehen? Wie können Minderheiten offene Ohren finden? Wie kann hier die Armut bekämpft werden? Vieles erinnert mich an das Lübbenau im Spreewald, als Braunkohletagebau, in der Wendezeit, vieles an die Uckermark, Brandenburg. Manches an den Norden in Frankreich, an der Somme[4].

Im Community Centre hängt neben „My First Lady“ ein weiteres grosses Photo: das der Schwester Binns, einer Diakonisse, die hier als “rasende Barmherzigkeit[5] wirkte. Von solchen Menschen gab es hier Einige, die in den 60er Jahren aus den Nordstaaten gekommen waren. Es war die damalige „Protestgeneration“, oft christlich- idealistisch gesinnt und bereit, sich langfristig zu engagieren. Der „War on Poverty“, von der Johnson-Administration ausgerufen, bot ihnen Betätigungsfelder[6]   für die praktische Umsetzung. Wenn sie durchhielten und wirklich bei den Menschen blieben, wurden sie angenommen; wenn sie sich wirklich um die Kinder, die Jugend, die Gesundheit, und um die Allerärmsten kümmerten, konnten sie etwas bewirken: dass die Menschen ihre Selbstachtung nicht verramschten. Feiner ausgedrückt: dass sie in der Zuwendung zu den Schwächsten unter ihnen, die ihnen beispielhaft vorgelebt wurde, die eigene Würde wiederkannten und sich an ihr orientierten. Politischer ausgedrückt: dass diese Teile des Landes ihr Potential zur Mitwirkung an der Demokratie nicht verloren.

Heute sind diese Vorkämpfer erschöpft. Manche haben eine „black lung“ wie die Hiesigen. Aber sie wollen aushalten: es käme ihnen als Verrat an der Sehnsucht der Menschen vor, wenn sie gingen und glauben ließen, mobile Gesundheitszentren, E-Learning und kurzfristige humanitäre Einsätze könnten in West-Virginia – oder irgendwo auf der Welt – die Kultur der Menschlichkeit ersetzen. Für diese aber vertrauen sie nicht der Administration Trump

Mascha Join-Lambert, 4.Mai 2017, vor den Präsidentschaftswahlen in Frankreich


[1] Der Abbau der Schwarzkohle per Tagebau beschäftigt nur noch einen Bruchteil der früheren Belegschaftzahlen und wird trotz Präs.Trumps Ansagen nicht wieder hochgefahren werden können.
[2] So gehört als Kommentar auf das Headstart-Programm, unter der Administration Kennedy in ganz USA als Maßnahme für die Chancengleichheit im Kleinkindalter eingeführt. Es weist seit 60 Jahren Stetigkeit und Erfolge auf.
[3] Von Eltern als Bedrohung für die Kinder schon bei Eintritt in die High School empfunden und statistisch belegt.
[4] Eine Region , die sich noch heute nicht von den Wunden der Besatzungen und Kämpfe in den Weltkriegen erholt hat.
[5] Der Ausdruck stammt von den Ev. Diakonissinnen in Halle/S., von denen einige in DDR-Zeiten per Moped in den Dörfern unterwegs waren.
[6] Die betreffende Federal Agency dafür war von Sargent Shriver geleitet und beinhaltete viele Programme.