Septembre / September 2016

L’Angleterre annonce la construction d’un Mur.
Angela Merkel appelle à refuser le langage de la peur.

L’Angleterre va donc construire un mur pour se protéger.
Fini « Britannia Rules the Waves »? L’heure est-elle au Limes du British Empire?
Ce serait interpréter trop vite.
Le Royaume-Uni dépend depuis longtemps de la mondialisation qu’il a contribué   (sans que les autres peuples aient toujours pu se protéger de ses navires, d’ailleurs) à créer : les « Barbares » co-décident du sort de la City.
Un mur contre les étrangers pauvres, alors ? Pour rassurer ceux des Anglais qui craignent leur appauvrissement, par ladite mondialisation? Beau jeu de miroirs.
Ce mur sera construit par des Français, en France. Plus smart, n’est-il pas ?

Ces images en toile de fond, donnent tout leur relief aux paroles d’Angela Merkel [1] en écho aux élections régionales en Allemagne passées et à venir.
Elle dit que les changements font partie du pays.
Elle dit que céder au langage de la peur, de la frustration, de la violence, c’est finir par perdre soi-même le sens de l’orientation.

Je crois qu’elle a raison, et je crois que la question de l’engagement de chacun devient inéluctable. Car partout en Europe, nous voyons des hommes et femmes politiques qui déjà ont glissé vers la confusion qui menace la démocratie parlementaire.

Elle a raison.
Prenons l’exemple de la France : le pays n’accueillera que 30000 réfugiés. Si au contraire la France avait libéré beaucoup de bonnes volontés dans la population en lui proposant d’accueillir un nombre substantiel, une énergie patriote d’accueil aurait créé l’évènement et marqué le discours public.

Les citoyens doivent exiger des politiques de défendre la démocratie.
Je crois qu’il y a un nombre décisif de citoyens en Europe prêts à aider à trouver une solution pour les populations en détresse au Sud de la Méditerranée. Mais ils ont besoin de pouvoir faire confiance que les politiques leur offrent une sécurité : de nommer les problèmes en vérité, d’assurer la justice pour tous, de mettre la volonté d’aider au service d’une perspective d’avenir pour tous. Or, cette confiance est cassée, dans plusieurs de nos pays. En ce sens les nouveaux partis qui provoquent le débat, sont utiles.
Mais ce qui menace l’existence même de nos institutions, c’est quand des politiques, des opportunistes, des apprentis-sorcier exacerbent les cassures pour leurs intérêts personnels. Les évènements autour du Brexit en Angleterre devraient avoir ouvert les yeux à chacun ! Partout en Europe, et notamment en Allemagne qui a reçu des leçons si amères au siècle dernier, les attitudes et comportements des élites doivent changer, si nous voulons sauvegarder nos institutions démocratiques. Les citoyens doivent les y pousser.

Changer pour contrer les frustrations, la violence, la peur. Prenons l’exemple de l’Allemagne de l’Est, où une élection régionale au Nord-est vient de faire grand-bruit.

Contrer les frustrations
La majeure partie des citoyens de l’Allemagne de l’Est comme de toute l’Europe Centrale et d’Est, a vécu la démocratisation et occidentalisation comme une suite d’hypocrisies – tant de la part des nouveaux que des anciens tenants du pouvoir. Ainsi, telle adjointe personnelle d’un Premier Ministre pouvait proférer dans une seule et même phrase que « l’Ouest nous a submergés » et raconter que sa fille fait ses études aux Etats-Unis….. Tenir la population dans un cocon protecteur et dénonciateur « contre l’Ouest » – et saisir les chances de la modernité pour les élites…sauvegarder ainsi son électorat, population peu qualifiée et au bord de la pauvreté dans ce Nord de l’Allemagne de l’Est, maintenue dépendante de la protection sociale.
Longtemps, cette population a voté pour les partis promettant cette « protestation protectrice ». Maintenant elle est happée par ceux qui permettent l’exhibition de la xénophobie, corollaire présente depuis l’arrivée des réfugiés de la guerre des Balcans, dès 1992.
L’honnêteté intellectuelle et de comportement de ceux qui portent des responsabilités est la première exigence vitale pour sauver nos démocraties.

Contrer la violence[2] :
En Allemagne, deux guerres et deux dictatures ont prôné la haine de l’ennemi, ont fait émerger la  culture  de la haine de « l’ennemi de l’intérieur » (au choix le socialiste, le communiste, le juif, le capitaliste, le profiteur, le traître de classe, l’Américain….)  et il n’y avait pas de quoi s’étonner lorsqu’un jour, j’entendis une lycéenne demander à un Premier Ministre , en 1999, quand il introduirait « la solution finale à l’encontre des étrangers criminels »….
Deux guerres et deux dictatures ont prôné la solution simple, unique : la victoire finale, la solution finale, apportant automatiquement la tranquillité.
Deux guerres, deux dictatures ont prôné la culture de la force, du droit du plus fort, et les medias modernes en ont pris le relais.
Mais depuis deux guerres et deux dictatures aussi, la souffrance était tabou.
Sauver nos démocraties, c’est aussi se donner la peine de la parole partagée, de la recherche de solutions dans des conflits complexes, d’assurer l’état de droit pour chacun.

Contrer la peur.
Une petite histoire :
Dans le hameau au nord de Berlin où avec ATD Quart-Monde nous avions bâti une Maison de rencontres inter-sociales, -nationales, et –générationnelles, habite depuis des décennies P., dans le HLM rural construit vers 1960 et jamais rénové. Pendant dix années, il travaillait à la Maison et participait – en observant de bonne distance – aux rencontres. Ainsi, un beau matin d’été à 7h, il tombe nez à nez avec un ami Burkinabé arrivé la veille, buvant tranquillement son thé dans le potager « de Peter »….
Au printemps 2016, la commune entreprend des pourparlers en vue d’un accueil de réfugiés dans le HLM du hameau. Les habitants et P. le premier, se prononcent favorablement. Une commission vient examiner les appartements et affirme qu’ils ne sont pas en assez bon état pour l’accueil des réfugiés – sans se demander comment P. et les autres y vivent depuis si longtemps. P. continue à être « pour » l’accueil – et pour la rénovation du bâtiment pour tous.
La morale de cette histoire : depuis presque 20 ans, les habitants de ce hameau étaient impliqués dans des relations humaines simples. Ils sont devenus des membres de la famille humaine. P. se sait respecté et peut aujourd’hui rencontrer l’homme dans « l’Autre». Il pourra se battre pour lui-même et pour l’autre d’une seule et même conviction de justice.
Sauver nos démocraties, c’est aussi afficher la confiance entre hommes.

Je veux croire que ces choses les plus simples ne sont ni naïves ni impossibles. Les politiciens comme Angela Merkel semblent bien isolés aujourd’hui…il faudrait une marche de la fraternité à travers l’Europe, y compris de Calais à Dover, car en réalité, nous sommes nombreux.

Mascha Join-Lambert

[1] Débat sur le budget de la Chancellerie, Bundestag, 7 septembre 2016

[2] Cf. Le documentaire d’ Andres Veiel, Der Kick, 2005, examinant le meurtre d’un jeune par ses camarades, dans un village voisin du nôtre, en 2002.

England gibt den Bau einer Mauer bekannt.
Angela Merkel ruft auf, die Sprache der Angst zu verlassen.

Also, England wird eine Schutzmauer bauen.
Aus mit, Britannia Rules the Waves“? Zeit, sich einen Limes des British Empires gleich vor die Nase zu setzen?
Aber das Vereinigte Königreich ist seit langem abhängig von der Globalisierung, die es selber mit anderen – übrigens, ohne dass andere Völker sich vor seinen Schiffen hätten schützen können – in die Welt gebracht hat: seit langem sind „Barbaren“ Mitentscheider in der City.
Eine Mauer also zum Schutz gegen die Armen unter den Ausländern? Wer aber soll geschützt werden? Diejenigen unter den Engländern, die die Verarmung durch die Globalisierung fürchten? Ein Spiegeltrick.
Die Mauer wird von Franzosen in Frankreich, errichtet werden. It’s smarter, isn’t it?

Vor dem Hintergrund dieser Bilder hörten wir heute die deutsche Bundeskanzlerin sprechen.[1]
Sie sagte, dass Veränderungen zu einem Land gehören.
Sie sagte, dass man am Ende selber die Orientierung verliert, wenn man sich von der Sprache der Angst, des Frusts, der Gewalt bezirzen läßt.

Ich glaube, dass sie recht hat, und ich glaube, dass es ernst wird mit dem Engagement. Denn überall in Europa verlieren politisch Verantwortliche schon die Orientierung, strudeln schon in den Netzen.

Sie hat recht.
Nehmen wir Frankreich zum Beispiel: das Land will 30000 Flüchtlinge aufnehmen. Angenommen, die Regierung hätte die Bevölkerung gebeten, eine substantielle Anzahl zu empfangen und hätte damit unzähligem guten Willen unter der Bevölkerung eine Chance gegeben: dann hätte eine patriotische Energie der Hilfsbereitschaft die Bilder der Medien gemacht und den Diskurs mitbestimmt.

Politiker müssen sich ändern.
Bürger müssen es den Politikern vormachen

Ich glaube dass es eine ausschlaggebende Anzahl an Bürgern in Europa gibt, die ohne Mauern zur Lösung der Not für die Menschen im Orient beitragen wollen. Gleichzeitig brauchen sie das Vertrauen, dass die Politik ihnen Sicherheit gibt: Probleme wahrheitsgemäss nennt; Rechtssicherheit für Alle schafft; Hilfsbereitschaft in den Dienst einer Allen nützlichen Zukunft stellt. Dies Vertrauen ist in mehreren europäischen Gesellschaften zerrüttet. Die Debatte darüber ist gut, auch, dass sie von neuen Parteien eingebracht wird.
Nicht gut, ja die Existenz unserer Institutionen bedrohend ist, wenn Politiker, Opportunisten, Zauberlehrlinge die Demokratie ihren Interessen opfern. Überall in Europa, aber gerade in Deutschland, das im letzten Jahrhundert bitteren Anschauungsunterricht erhielt, müssen sich im Interesse des Erhalts unserer Institutionen Haltungen und Handlungsweisen der Verantwortungsträger ändern.

Angst, Frust und Gewalt kommen nämlich nicht von irgendwoher.
Beispiele aus ganz Europa ließen sich anführen.
Bleiben wir in Ostdeutschland, aus dem aktuellen Anlaß der Wahlen in Mecklenburg-Vorpommern. Ich habe fast 20 Jahre lang in Brandenburg gelebt, 10 davon am nördlichsten Zipfel, auf dem Lande, ganz nah an „Meck-Pom“.

Gegen den Frust
Wahlergebnisse seit dem Zerfall des Ostblocks zeigen, dass die Bürger die Demokratisierung und Verwestlichung als eine Reihe von Scheinheiligkeiten erlebten, oder zumindest Scheinantworten. In Ostdeutschland vertraute man sich abwechseln den alten und den neuen Eliten an – bis die Jugend nicht mehr wählen ging. Es lag nicht nur an der Langsamkeit, mit der Landschaften zum „Blühen“ kamen, oder an der Schnelligkeit, mit der Fehlinvestitionen verblühten.
Es lag am wachsenden Bewusstsein, dass „die da unten“ unten blieben, und „die da oben“, eben oben. Ich erinnere mich an jene junge Ostberlinerin, die nach der Wende Karriere und Einfluß in der Ministerialbürokratie gefunden hatte, und im selben Satz davon sprechen konnte, wie „der Westen über uns hereinbrach“, und ihr Kind in USA studierte: die Bevölkerung als Opfer in schützende Watte packen und ihr das Anklagen vorsagen, für die Eliten selber die Chancen der Modernität ergreifen – mit diesem Rezept sicherte man sich Mehrheiten, ohne für die geringqualifizierte Bevölkerung etwas zu ändern. Heute tappt diese Bevölkerung in die Falle derer, die sich der Xenophobie ohne Tabu bedienen, einer Ablehnung alles Fremden, die sich nach der Ankunft der ersten Flüchtlinge aus dem Balkan 1992 schon zeigte.

Deckungsgleichheit von Sagen und Tun unter allen Verantwortungsträgern ist das erste Gebot zur Rettung der parlamentarischen Demokratie.

Gegen Gewalt[2]
Zwei Kriege und zwei Diktaturen haben in Deutschland und Mittel- und Osteuropa, möglicherweise mehr als in Westeuropa, kulturelle Vorgaben eingepflanzt, die Gewalt erzeugen, so zum Beispiel
-den Hass des Feindes, vor allem des „inneren Feindes“, des „Verräters“ (wahlweise der feindliche Ausländer, der Bolchevik, der Sozialist, der Jude, der Klassenfeind, der Kommunist, Kapitalist, Amerikaner….) ;
– die eine und einfache Lösung, die Ruhe in die Kiste bringen soll : der „Endsieg“, die „Endlösung“, die perfekte Organisation zur perfekten Gesellschaft, wenn nur „Jeder an seinem Platz“ mitmacht;
– das Recht der Stärke, die Verherrlichung des Kampfes (Krieg, Revolution, Herrschaft einer Einheitspartei)
– die Unterschlagung des Leidens. Man könnte von der Traumatisierung ganzer Völker reden im letzten Jahrhundert, die Deutschen gehören dazu.

Heute unsere Demokratien zu retten, heißt auch, sich die Mühe machen, zu einer Kultur des Wortes zu stehen und vor komplexen Lagen komplexe Lösungen zu suchen.

Gegen die Angst
Eine kleine Geschichte:
In einem Weiler 100 km nördlich von Berlin hatten wir, mit ATD Vierte-Welt und jungen Menschen aus West- und Osteuropa, ab 1997 ein Haus für Begegnungen zwischen Generationen, Nationalitäten, sozialen Schichten aufgebaut. Im Ort wohnten seit vierzig Jahren die Familien der LPG-arbeiter in Wohnungen, die zur Gründung der LPG gebaut, seitdem aber nie renoviert worden waren.
Im Frühjahr 2016 kommt eine Kommission von der Verwaltung, um zu prüfen, ob Flüchtlinge dort untergebracht werden könnten. Sie stellt fest, dass die Verhältnisse im Block nicht gut genug sind. Ohne offensichtlich sich zu fragen, ob sie für die Arbeiter gut genug seien…
Zu diesen gehört P. Er hatte seit zehn Jahren mit uns im Haus gearbeitet. Er ist „für“ die Aufnahme von Flüchtlingen – sicher würde er sich freuen, wenn der Block für Alle (und mithilfe Aller?) renoviert würde.
Warum kann er „dafür“ sein? Die internationalen Begegnungen hatte er, manchmal aus sicherer Entfernung, verfolgt. Manchmal aber auch mittendrin, und ich erinnere einen Morgen um 7h, wo er in „seinem“ Garten arbeiten wollte und Nas auf Nas mit einem Freund aus Burkina-Faso stieß, der dort gemütlich seinen Morgentee trank…
Seit fast 20 Jahren haben die Dorfbewohner einfache zwischenmenschliche Beziehungen erlebt, in denen sie geachtet waren wie jeder andere auch. Sie sind bewußte „Weltbürger“ dabei geworden. Gerechtigkeit für P. ist nicht zu trennen von der Gerechtigkeit für den Anderen. Im Dorf hat keiner „Angst“.

Unsere Demokratien retten, heißt auch, dem Vertrauen sichtbar eine Chance geben.

Ich will glauben, dass die einfachen, aber nicht naiven Dinge nicht unmöglich sind. Politiker wie Angela Merkel stehen zwar auf einsamen Posten, aber in Wirklichkeit sind unzählige Bürger bereit zum Einsatz für eine Rückbesinnung. Wir bräuchten einen langen Marsch der Brüderlichkeit durch Europa. Sein Weg würde auch von Calais nach Dover führen.

Mascha Join-Lambert

[1] Deutscher Bundestag, Haushaltsdebatte, 7. September 2016. Kommentar zu den Landtagswahlen in M-V.

[2] Cf. Film von Anders Veiel, « Der Kick“, 2005, über die Hintergründe des Mordes eines Jungen durch Gleichaltrige, in der Uckermark.